On me pose souvent la question: «Mais toi t'en penses quoi de l'indépendance de la Catalogne? T'es pour ou contre?»

En fonction de qui la pose je n'ai pas toujours la même rhétorique. Et si c'est quelqu'un de très passionné pour un côté ou l'autre, je me fais un plaisir de défendre l'opposé. Mais quand je me sens décontracté, voici grosso modo ce que je réponds.

D'après moi, les cultures régionales sont essentielles dans un monde globalisé. Je pense que c'est nécessaire de se battre contre le rouleau compresseur de la monoculture fade et tiède et défendre le bordel passionnant des différences culturelles. Par contre, le nationalisme me répugne. Penser que l'on peut être supérieur à l'autre parce qu'on est né ici ou là, ça craint grave. L'indépendance de la Catalogne, c'est ajouter une nouvelle frontière dans le monde, là où moi j'aimerais plutôt me battre pour en enlever. «De ce côté là, c'est chez nous, de l'autre c'est chez vous. Ah, toi t'es né là bas? Dommage.» Tout ça avec en toile de fond, cette idée simpliste de merde qui consiste à croire qu'on se débarrasse des problèmes en restant entre semblables.

Mais en même temps, je comprends très bien que lorsque l'un se sent maltraité et que l'autre ne veut pas reconnaître la réalité; quand l'un fait des efforts et que l'autre y est insensible; quand l'un baisse les armes et que l'autre ne change rien; quand l'un parle de l'avenir ensemble et que l'autre est égocentrique; quand l'un est prêt à pardonner mais que l'autre ne reconnaît pas ses erreurs; quand l'un demande à l'autre de s’asseoir pour parler sortir de la crise et que l'autre répond avec de l'indifférence; quand l'un propose de faire appel à un médiateur externe et que l'autre ne veut pas; quand l'un réclame du respect et de la bienveillance et que l'autre ne se remet pas en question; quand l'un écrit une lettre qui appelle à la raison et que l'autre y est insensible... alors oui, c'est éventuellement possible de tenir quelques années, mais quand l'autre ne veut rien savoir et fait comme si de rien était, il arrive forcément un moment où la seule solution qui reste c'est le départ. Même si c'est une solution extrême qui soulève énormément d'inconnues, qui ne garantit en rien que ce sera mieux et qui a des conséquences qui vont au delà de celui qui la prend.

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