Selon les précédents billets, vous connaissez mon point de vue sur la loi DADVSI, sur le droit d'auteur, la licence globale, l'accès libre à la culture, les brevets logiciels... Entre temps, les points de vue ont changé sur les DRM, et Jamendo a reçu son disque de platine.

Dans une certaine logique et continuité, je dois vous présenter le point de vue des candidats à la Présidence sur Internet et le Libre. (Ne vous inquiétez pas, pas de surprise.)

Coté Nicolas Sarkozy, l'APRIL (Association pour la promotion et la recherche en informatique libre) s'inquiète :

  • Avec sa réponse de dernière minute, l'APRIL comprend mieux ses hésitations à répondre à son questionnaire. Il montre, dans un court document de quatre pages, son incompétence, et celle de son entourage, sur des sujets aux enjeux sociétaux et économiques fondamentaux.
  • Plus grave encore, la vision présentée est celle d'un candidat qui n'a pas compris les différences fondamentales entre biens matériels et créations immatérielles.
  • Concernant la question des brevets logiciels il nous montre qu'il n'a pas saisi la différence de taille entre la révolution informationnelle et les révolutions industrielles qu'ont connues nos sociétés
  • Sur la question des DRM il est le seul candidat à se déclarer clairement pour le contrôle de l'usage privé des oeuvres numériques. De même, sur la loi DADVSI il persiste et ne renie rien. (Article sur Le Monde Informatique : Je ne reviendrai pas sur la DADVSI )
  • Sur la license globale, il s'affirme être totalement contre et prononce la plus grande absurdité qu'il soit : "je n'accepterai pas l'idée du vol organisé sous prétexte du jeunisme et de la société de l'information, parce qu'avec ça on tuera définitivement toute forme de création". (sur 01.net)

Une loi inquiétante se prépare en secret, tout le monde s'inquiète et des professionnels parlent de s'exiler. Bien plus liberticide encore que DADVSI, il faut pas la laisser passer comme cette dernière. Nicolas Sarkozy a déjà annoncé il y a quelques jours que s'il était élu il remettrait en chantier le contrôle automatique des réseaux (avec entre autres conservation des données de connexion) :

La ligue Odebi, organisation indépendante de défense des libertés numériques, appelle les internautes à faire barrage à Nicolas Sarkozy et à un internet bâillonné et sous surveillance.

Coté Ségolène Royal, l'APRIL fournit la réponse à son questionnaire et Obedi fournit ses réponses concernant l'Internet et les libertés

  • Elle se prononce clairement contre les mesures techniques de protection DRM
  • À propos de l'EUCD et de DADVSI, elle pense que la directive apparaît chaque jour un peu plus décalée et qu'il faut rééquilibrer les droits du public et ceux des ayant-droits. Elle indique être favorable à l'abrogation du titre Ier de la loi DADVSI ainsi que les amendements dits Vivendi
  • Elle est pour la licence globale, défendue par les artistes eux-même, qu’il s’agisse de la redevance pour copie privée ou d’un système forfaitaire pour les échanges gratuits entre personnes, et que ce n'est pas en mettant des millions de Français hors la loi, qu’on pourra sortir de ce débat par le haut.
  • Sur la vente liée (PC=Windows par ex.) elle affirme qu'«il est nécessaire de faire respecter la loi aussi dans ce secteur de la consommation». Elle se dit favorable à l'instauration d'un dispositif de recours collectif, inscrit dans son Pacte Présidentiel.
  • Elle rappelle également les déclarations qu'elle avait formulées à propos des formats ouverts pour l'administration à l'issue de son entretien avec Richard Stallman le 28 juin 2006.
  • Au niveau de l'éducation, elle est pour l'enseignement de l'informatique, d'une manière indépendante des produits et qui respecte le principe de neutralité scolaire.
  • Concernant la surveillance automatique des réseaux qui tueraient l'Internet en France, elle affirme que la lutte contre le terrorisme ne justifie pas de faire de la société française une société de surveillance. “Même les Etats-Unis de George W. Bush et leur “Patriot Act? post-11-Septembre n’ont jamais envisagé pareille conservation ou réglementation?.
  • S'assurer le statut indépendant de la CNIL, et instaurer un contrôle strict des fichiers de police et de sécurité
  • Elle annonce que le développement d’une société de la connaissance ouverte est une chance extraordinaire pour tous. Il faut avant tout respecter ce qui la rend possible : la protection de la vie privée, le régime de responsabilité limitée des intermédiaires techniques, les normes ouvertes et les logiciels libres, l’internet neutre et équitable, la liberté de s’exprimer, la possibilité de construire du nouveau à partir de ce qui existe déjà.
  • Elle veut un grand débat sur l’équilibre à trouver entre les exigences de sécurité et les risques que fait peser l’extension rapide, subreptice et sans contrôle des technologies de la surveillance

Enfin, rappelons la récente publication du rapport de Michel Rocard sur les enjeux du numérique, intitulé République 2.0 bêta : vers une société de la connaissance ouverte.

D'un côté le développement des technologies de surveillance et de verrous, de l'autre l'ouverture, la liberté.

Aujourd'hui on sait que la protection ne fonctionne pas, Tristan vous l'explique ici.